Une journée vénitienne...

Une journée vénitienne...

Publié le 20 octobre 2012, 09:00

A Journey Like No Other....

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Neuf heures du matin, Venise, île de La Giudecca… Alors que le soleil tente une percée à travers la brume qui monte de la mer, je laisse mon regard parcourir l’horizon, le parc majestueux de San Giorgio Maggiore devant soi, le clocher de l’île San Servolo se dessinant au loin. Le garçon pose un cappuccino fumant à côté de mon assiette où s’épanouissent les deux plus beaux œufs Bénédict d’Italie, et me voilà de retour dans une réalité qui pourrait s’approcher d’un rêve.

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Autour de moi on parle anglais, français avec une pointe d’accent étranger, on se salue d’une table à l’autre, en famille, entre amis, un monsieur se fend même d’un baisemain qui en dit long quant à son expérience du monde. C’est que l’Hôtel Cipriani, depuis 1956, est une villégiature unique en son genre. On y vient de génération en génération, les anciens initiant les plus jeunes à un art de vivre unique en son genre.

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Alors que la brume laisse peu à peu la place à un ciel dont le bleu intense dut servir d’inspiration à Canaletto autrefois, je m’en retourne à ma suite, La Palladio. Les connaisseurs ne s’y tromperont pas en réservant la n°100. Il faut dire qu’elle est avec la Suite Dogaressa du Palazzo Vendramin l’une des merveilles du Cipriani.

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Fresques murales, corniches, frises et colonnes donnent le ton de cet appartement s’ouvrant complètement sur la mer d’un côté, et sur une terrasse dotée d'une piscine privée à l’abri des regards de l’autre… Le marbre, comme partout à Venise y est omniprésent. De la chambre au salon en passant par la salle de bain on n’échappe pas à la profusion de références au savoir-faire vénitien en matière de verre, de tissus et de dentelles…

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Lorsque Giuseppe Cipriani crée ce qui deviendra le Cipriani en 1956, il a avant toute chose un désir, celui d’y inviter ses proches, ses amis, de les recevoir en particulier dans une maison de vacances. Séduites, les 3 sœurs Guinness s'associeront à l'homme et contribueront à la création de ce qui sera un jour l’un des plus beaux hôtels du monde.

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Les rayons du soleil me tirent de ma rêverie, tandis que dans l’immense piscine une vénérable aristocrate anglaise s’échine avec vigueur d’un bout à l’autre. J’observe le ballet incessant des bateaux qui transportent quelques hôtes vers la Sérénissime, en imaginant qui s’en va acheter des tissus d’ameublement pour son appartement new yorkais chez Bevilacqua, qui a rendez vous chez Attilio Codognato pour y voir enfin cette vanité montée en broche attendue depuis trop longtemps, qui est là pour affaires…

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Une diva emmitouflée dans un peignoir épais et cachée derrière d’immenses lunettes fait son apparition et s’en va s’installer sur un transat… Le personnel, affable et discret, fait comme si de rien n’était, mais déjà un café est posé sur la table attenante, avec un exemplaire du Herald. Certains ont leurs habitudes ici, mais tout le monde fait mine de ne rien voir. Après tout, on est entre gens du monde.

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A l’heure du déjeuner, je décide enfin de quitter ce havre de paix pour m’offrir un bain de foule au cœur de la ville… Me voilà donc sur le ponton, observant les dames chargées de paquets d’achats réalisés Calle XXll Marzo dans quelque maison italienne réputée pour ses sacs en cuir tressé… On rit, on se photographie, et nous voilà en bateau, cheveux au vent, la place Saint Marc se profilant droit devant.

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Le concierge a été efficace. Pas moins de 3 adresses sur la carte. Du poisson et des fruits de mer. Ma requête était simple. Ce sera Alle Testiere, micro cantine perdue dans la rue San Polo, que les touristes longent sans voir. Il faut dire que la salle et sa dizaine de tables sait se faire secrète. Car Venise est avant tout une ville d’initiés. Une poêlée de scampi suivie d’une grigliata di pesce del giorno me confirment le bon goût des concierges du Cipriani. Sans oublier un verre de Pinot Grigio. On le demande d’ailleurs avec une pointe d’accent américain. So chic.

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L’après midi sera consacrée à la visite de la ville, mais là encore, le savoir-faire du Cipriani fait son effet. Pourquoi se compliquer la vie à marcher au milieu de la foule ou à s’entasser sur une frêle gondole, quand un élégant Riva et une charmante guide vous attendent sur le ponton privé de l’hôtel ? Avec son accent chantant, la très instruite native de Venise me raconte sa ville, au travers des palais du Grand Canal ou l’on pénètre en secret dans l’intimité des marchands du XVe au XXe siècle.

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Les Pezzaro, les Giustinian, les Foscari à l’heure de gloire de la République Sérénissime et de ses doges, La Casati, les Fortuny à la fin du XIXe, les Guggenheim au XXe, les Pinault au XXIe, chaque époque marque la venue de nouvelles familles, d’autre fortunes, et si certains palais se sont transformés en institutions d'état, en fondations et autres musées, hôtels, casinos, certains ont su garder un charme intact là où d’autres semblent parfois sur le déclin… avant, comme La Fenice peut-être, de renaître de leurs cendres, grâce au généreux mécénat des nombreux amoureux de Venise.

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A la tombée du jour, nous poursuivons à pieds, loin du Canal Grande, la découverte de la ville. Venise aux vénitiens, voilà qui n’est pas commun. Enfin des quartiers inexplorés des touristes, où les familles viennent profiter de la douceur de l’automne sur le campo, véritable scène de cette ville où naquit l’art subtil de la Commedia dell'Arte. Et nous voici déjà dans le quartier des antiquaires, que les passants ne regardent même pas, affairés qu’ils sont à acheter leurs masques de carnaval dans les trop nombreuses échoppes aux couleurs criardes.

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Tant pis pour eux. A deux pas du Ponte Rialto, tandis que le soleil disparaît à l’horizon et que les derniers rayons colorent les façades byzantines, gothiques et marmoréennes, les vénitiens se réunissent près du marché aux poissons, un incontournable pour qui est du matin. C’est le Spritz Hour. Debout, à même la rue, on passe commande al banco, et l’on refait le monde, en tentant de comprendre l’accent des locaux qui semblent avoir développé le don de ne pas voir ces touristes toujours présents… On se laisse aller.

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De retour au Cipriani, on s’apprête, car il se fait tard et la soirée n’attend pas. On croise quelques noctambules en grand habit en partance pour le Harry's Bar, à moins qu’il ne s’agisse de quelque soirée privée en ville dans un palais ouvert pour l’occasion… Quant à moi, la journée ayant été plutôt riche en événements, ce sera un diner en suite. Mais quel dîner. Point de room-service, mais le Fortuny en chambre !

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Maitre d’hôtel, Sommelier, commis, tous entrent en scène, avec un Bellini bien entendu, car c’est avec cela qu’il faut commencer. Suivent les menus, la carte des vins, et me voilà installé confortablement, la table dressée, un air de jazz emplissant le salon, l’éclairage savamment tamisé, prêt à passer une soirée mémorable, les yeux rivés sur la mer où les lumières de la ville se reflètent en dansant…

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Si les quatre menus de dégustation ne parviennent qu’à me rendre plus indécis, la carte donne également du fil à retordre tant le choix y est complet. La mer sera donc à l’honneur ce soir avec pour commencer, l’Arcobaleno de crudité de Mediterranée, suivi de Tagliatelle al Nero di Sepa con salsa di Capesante, avant de déguster les succulents filets de sole Ca d’Oro et ses cœurs d’artichauts. Et comme un gourmet ne saurait se passer d’un dessert, le Soufflé au Chocolat est une surprise de taille au sens propre comme au figuré. Un délice sans pareil, et l’une des soirées les plus réussies.

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Enfin, bon sang ne saurait mentir, il faudra se montrer au Bar, le temps d’un cocktail, avant de regagner la chambre pour une bonne nuit de sommeil. La journée de demain promet d’autres surprises…

Une journée vénitienne...

 

Mr Porter UK

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