GUCCI - Automne/Hiver 2017-2018

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Publié le 23 février 2017, 11:45

Le Jardin de l'Alchimiste. Un laboratoire antimoderne

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"C’est un jardin de plantes et d’animaux. Un jardin peuplé de signes, de symboles et d’archétypes évoquant et rappelant des mondes lointains. Dans ce lieu magique, des mains curieuses jouent avec la matière et la mélangent à l’inconscient. Elles la moulent selon des intuitions subtiles et joyeuses. Comme dans un laboratoire d’alchimie, les substances sont choisies, analysées, décomposées et mises en réaction. Ce processus créatif est rythmé d’incubations lentes et de révélations soudaines. Un processus où le pouvoir de l’imagination force l’inertie de la réalité.

Tout comme l’alchimie cherchait à transformer des matériaux de base en or, un processus onirique de transmutation de la matière fait ici émerger un précieux distillat. Ce vortex transformateur réassemble des fragments, des codes et des histoires en les projetant sur un horizon de sens inédit. Un changement d’état où les échos et les survivances, « les répressions et les retours du réprimé, les répétitions et les révisions, les traditions et les maillons manquants, les mouvements tectoniques et les séismes superficiels » (G. Didi-Huberman) tissent l’intrigue d’un nouveau récit.

Le jardin de l’alchimiste est un laboratoire antimoderne parce qu’il réfute certains principes d’un scientisme caractérisé par la rigidité et le déterminisme. C’est le lieu où l’on surmonte la logique mortifère de la non-contradiction. Où l’on célèbre l’ambivalence comme la possibilité d’accueillir des explications antithétiques du réel. Dans ce contexte, les dualités (homme/femme, essence/apparence, ombre/lumière, immanence/transcendance, corps/esprit, bien/mal, intérieur/extérieur), les tentatives de classification et les séparations strictes se désagrègent.

Cette opération vise à retrouver la complexité de l’existence où cohabitent les superpositions et les nuances, les contradictions apparentes et les fausses antinomies. En réalité, le fait de se considérer comme un individu nécessite de se reconnaître comme un devenir multiple (G. Deleuze) : une unité qui abrite en son sein un « parlement de sois » (G. H. Mead), une multitude d’identités, conciliantes et conflictuelles, connues et inconnues.

Cette unité s’incarne bien dans l’Ouroboros, un ancien symbole égyptien représentant un serpent qui se mange la queue. Ce symbole renferme en lui tous les paradoxes : il détruit et il crée dans un processus d’auto-renouvellement qui englobe l’opposé. Une révolte androgyne, hybride et illégitime qui mine les fondements de la rigidité létale propre à la pensée dichotomique.
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Mr Porter UK

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